• Emotions

    De joie, de tristesse, d'émotion ou de réaction aux oignons, des larmes surgissent aux quatre coins du monde. Retour sur cette mare commune de nos quotidiens.

  • "Il est très facile de devenir des hommes sans femmes. On a juste besoin d'aimer profondément une femme et que celle-ci disparaisse ensuite. [...] Dès que vous êtes un homme sans femmes, les couleurs de la solitude vous pénètrent le corps. Comme du vin rouge renversé sur un tapis aux teintes claires. [...]

    Il ne vous reste plus qu'à passer votre vie en compagnie de ce léger changement de couleur et de ses contours flous. Les bruits résonnent différemment dans ce monde. La soif s'éprouve différemment. La barbe pousse différemment. Les employés des Starbucks se comportent différemment. [...] La fermeture des portes du métro aussi est différente. [...] Et même si vous rencontrez ensuite d'autres femmes, même si elles sont merveilleuses (ou pire, plus elles sont merveilleuses), vous savez dès le premier instant que vous les perdrez. [...]

    Ainsi, il y a eu de la solitude venue depuis la France, et des blessures douloureuses qui se sont propagées au Moyen-Orient. Pour les hommes sans femmes, le monde est un espace immense, un assemblage d'éléments acérés, exactement comme la face cachée de la Lune."

    Haruki MURAKAMI [trad.Hélène Morita], Des hommes sans femmes, Paris, Belfond, 2017.


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  • As-tu senti ? Elle a encore bougé. 

    Pour l’instant, pas de nausée; juste parfois, des maux de tête : sans doute à force de me questionner. Un mélange d’angoisse et de bonheur.

    J’ai honte de l’avouer, mais elle a été conçue dans la bibliothèque du centre Malher. 

    Elle est encore si petite, si frêle, presque insignifiante.

    Je me demande quelle tête elle aura. Je me demande si en un regard, les gens sauront qu’elle est de moi.

     

    Je ne sais pas. Alors j’écris. Et je décris mon angoisse de mère de 22 ans.

     

    C’est vrai qu’on se sent plus forte. C’est vrai qu’elle m’embellit aussi. Chaque jour, plus de poids; chaque jour mon cœur se gonfle de nouveaux défis. Chaque mois, un nouveau corps aux échographies. Et chaque matin, elle me rappelle qu’elle est là, et qu'elle le sera toute ma vie. 

     

    J’ai beau chercher son antithèse, l’imaginer en image de synthèse, je me demande bien quel aspect elle aura, cette foutue thèse!

     

    La Shnie, Barcelone, 16/04/2006.


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  • Quelque part, je ne sais quand, je ne sais avec qui...


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  • Ce matin, au réveil, elle était encore là. J’ignorais sa présence, comme toujours. J’avoue espérer qu’elle me lâche parfois. Juste un peu. Juste un moment.

    Vous la connaissez aussi nécessairement si vous lisez ces lignes…Mais pour combien de temps?

    (La Shnie, mars 2007).


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  • Esperança

    Barcelone - hommage aux victimes des 17&18/08/2017


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  • À des années remonte ma première rencontre avec la conteuse d’arrêts.

    De ses lèvres fines s’évadait un flot de connaissance limpide. Les vieux arrêts du droit administratif français ressuscitaient dans l’espace de ses bras. Ses gestes expressifs, son ton saccadé, son regard vif, sa petite taille : la conteuse se mettait toute entière à notre service. 

    Deuxième année de droit, Paris, Centre René Cassin, amphithéâtre Capitant, 8h, un lundi de l’année 2001. Amphithéâtre blindé, brouhaha, murs dépeints, figures étrangères et hostiles. Levée à 6h30, de sa banlieue, la jeune fille de 18 ans était montée dans le RER B à reculons, pensant que le droit administratif allait être tout aussi imbuvable et incompréhensible que les cassettes rouillées de conversations allemandes qu'elle devait écouter au collège. En s’asseyant discrètement à la dernière rangée, au sommet de cet amphithéâtre, elle eut l’impression de plonger dans le vide et le gouffre de l’indifférence. Mais à peine installée, ce vide fut comblé. La frêle silhouette de la conteuse d’arrêts imprima à jamais sa rétine, et elle garda dans un coin de son oreille le silence qu’imposent les douces voix des excellents professeurs.

     Huit ans plus tard, la jeune femme se souvint de cette matinée lorsqu’on lui décerna son diplôme de docteure en droit administratif.

    Aujourd’hui, lors d'une surveillance d’examen, dans ce même amphithéâtre, cette femme, désormais enseignante, sent flotter l'âme de la conteuse d’arrêts. Et pour se consoler, elle se persuade de voir, au dernier rang, une jeune étudiante maigre et timide … qui aurait pris le RER B.

    La ShnieHommage au Professeure Bréchon-Moulènes (1944-2012).


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